Quand dans l'horizon infini,
Le pourpre et le pastel deviennent lumières divines,
Sur ton onde mordorée mon fleuve,
Mille tourbillons étincelantes transforment ton miroir en nuées d'étoiles filantes ;
Quand mes yeux émus contemplent cette étonnante galaxie,
Je sens mon c½ur chavirer et se remplir de mélancolie ;
Dans ton doux murmure, comme dans les pages d'un livre d'enfant aux multiples couleurs,
Je vois mille souvenirs de ma vie défiler ;
Je vois, furtive commette, la loutre vagabonde disparaître en toi dans un sillon d'argent,
Je vois, étrange cohorte, mystérieux fantômes, les héros s'évanouir dans le soir ;
Je vois, sous les branches du vieux chêne tombé dans ton lit, un ½il dans lequel se reflète la beauté du ciel, le vieux brochet guette ;
Je me suis enivré de tes senteurs de menthe sauvage,
J'entend encore les cris des oies turbulentes, les cris et les rires de mes amis disparus ;
Mon fleuve, j'ai trouvé auprès de toi le bonheur infini,
Tu as donné un sens unique à ma vie,
Un jour mes cendres se mêleront à ton flot,
Je suis à toi comme tu es à moi,
Et nous voyagerons pour l'éternité...